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La Saint Valentin dans tous ses états

15 février 2021, par Gabriel

L’histoire de la Saint Valentin… Le 14 février c’était hier, et vous avez peut-être célébré cette journée en charmante compagnie, célébré votre amour comme le veut cette coutume, peut-être même avez-vous relu l’article de Remy sur « Strasbourg mon Amour » ? Ou peut-être pensez-vous que c’est juste une fête commerciale qui ne mérite pas qu’on y prête attention ? Dans les deux cas vous vous demandez peut-être pourquoi publier un article sur le sujet le lendemain des festivités, après la guerre en somme… Hé bien c’est tout simple, je ne voulais pas gâcher ce moment pour les amoureux qui aiment célébrer la Saint Valentin, et ceux qui la détestent pourront se satisfaire de cette horrible histoire après coup.

Oui, j’ai dit « horrible » histoire, car même si les origines de cette fête sont loin d’être parfaitement claires, ses différentes origines plus ou moins admises sont loin d’être romantiques. Vous êtes prêts ? 😉

 

La Rome Antique

À l’époque romantique (quel joli jeu de mot, n’est-ce pas ?), le 15 février on célébrait les Lupercales ou festival de Faunus, le dieu de la fécondité, appelé Lupercus car il éloignait les loups. Les Luperques, prêtres de Faunus donc, sacrifiaient un bouc à leur dieu dans la grotte du Lupercal où, selon la légende, la louve avait allaité Romulus et Rémus. Avec le couteau sanglant, les prêtres touchaient le front de deux jeunes gens. Avec la peau du bouc étaient fabriquées des lanières de cuir avec lesquelles les jeunes gens couraient partout pour fouetter les femmes rencontrées sur leur passage qui souhaitaient recevoir don de fertilité. Comme quoi, le sadomasochisme ne date pas d’hier… Ça commence bien non ?
À noter que ces Lupercales se tenaient au mois de février qui vient du mot latin « februare » qui signifie « purifier », fouetter les jeunes femmes était en fait une histoire de purification. Mesdames, mesdemoiselles, à quel point êtes-vous heureuses de ne pas avoir vécu la romantique Rome Antique ?

 

« LE » Saint Valentin

Déjà il y a plusieurs Saint Valentin, au vu de mes recherches : entre 3 au strict minimum et jusqu’à 13. Je ne vais donc en citer qu’un, celui de la légende utilisée par le christianisme dans sa sainte mission d’éducation du monde : Saint Valentin de Terni (ou de Rome), comme ça on ne s’éloigne pas trop géographiquement parlant.

Il se dit que Valentin était un romain qui vivait au 3ème siècle sous l’Empereur Claude II le Gothique. Ayant beaucoup de mal à recruter ses soldats, Claude se dit en toute logique que les foyers, les femmes et les enfants de ses hommes étaient l’origine du problème, et décida d’interdire les mariages. Mais un valeureux prêtre continua tout de même de célébrer des mariages : le prêtre Valentin. Quand l’empereur le découvrit, il le fit aussitôt arrêter et le condamna à mort. Pendant que Valentin était en prison il rencontra la fille de son gardien qui était aveugle. L’histoire raconte que Valentin rendit la vue à sa bien-aimée en lui envoyant un petit mot signé « ton Valentin », juste avant d’être décapité vers 270, un 14 février.
C’est pas mignon tout plein tout ça ?

Reconstruction faciale de Valentin de Terni

Bon, ce Saint Valentin a bien existé, mais l’histoire que je viens de vous conter est largement romancée, voire complètement inventée. En réalité, comme avec la fête de Noël, le christianisme n’aimait pas les fêtes païennes. Le Pape Gelase 1er (492-496) s’est donc inventé une belle histoire autour de ce brave Valentin (Valentin vient du latin « valens », brave) pour éradiquer les Lupercales païennes, en le faisant saint patron des amoureux, avec une date bien choisie. Le grand remplacement non plus ne date pas d’hier… À priori la seule chose de sûre est que ce Valentin célébrait des mariages dans des conditions particulières.

 

À l’époque médiévale

Mais avançons un peu dans l’Histoire, et découvrons que le Moyen Âge est encore bien pire que l’Antiquité. Vous voyez ce mignon petit ours en peluche que l’on s’offre à la Saint Valentin ? Hé bien apparemment, il descendrait directement des fêtes de l’ours, et croyez-moi, vous risquez de changer de regard sur les nounours…

L’ours, depuis des temps immémoriaux et jusqu’au Moyen Âge, est un personnage central des mythes européens, vu à la fois comme le roi des animaux et comme le plus proche de l’homme par son comportement, son intelligence ou ses “sentiments”, et est associé à une sexualité débordante. En Europe centrale, lors de carnavals, les hommes se déguisent en ours pour plaire aux femmes, et s’adonnent à des rituels amoureux et sexuels. Ça c’est la version politiquement correcte, mais dans les faits, les hommes se déguisent en ours pour “chasser” les femmes sur les places publiques afin de les amener dans leur “tanière” pour leur faire subir toutes sortes de choses, dont – évidemment – des viols.
On est bien là, non ? Mais allons plus loin, ces « traditions » étaient même largement tolérées car perçues comme une évolution positive, avant on était plus tourné vers le viol collectif des jeunes filles, ce qu’on appelle aujourd’hui des « tournantes ». Pas nouveau non plus comme concept !

Et encore, je vous épargne le rapprochement fortuit avec le « Massacre de la Saint Valentin », quand à Strasbourg sous couvert de Peste Noire on a massacré des centaines voire des milliers de juifs… Ah ben non, je ne vous l’ai pas épargné, désolé 😉

Massacre de la Saint Valentin à Strasbourg en 1349

Le Valentinage

Vous l’aurez compris, si aujourd’hui la Saint Valentin célèbre les couples, autrefois ces célébrations étaient destinées aux célibataires, c’était tout le contraire ! Conséquence de la chose, les jeunes femmes n’étant plus vierges on ne pouvait plus les mariées, et elles devaient donc dès lors verser dans la prostitution. Pour pallier à ce problème (et peut-être permettre aux femmes d’échapper à la violence masculine) on organisait des valentinages, sortes de loteries amoureuses où les hommes et les femmes étaient autorisés à se rencontrer hors mariage. Ces loteries avaient lieu à des périodes différentes dans l’année, selon les villages. Cette pratique était alors un moyen de “canaliser” la violence masculine et de protéger les femmes.

La Romantique

C’est à partir du 15e siècle que les mœurs s’adoucissent. L’amour devient plus galant et romantique : le chevalier récite l’amour, le poète l’écrit sur des parchemins. Il y eut enfin les lettres et l’émergence des cartes postales. Ce tournant poétique est initié en France puis gagne l’Angleterre, où depuis le 14e siècle on célébrait le 14 février comme le jour des amoureux car on pensait que les oiseaux choisissaient ce jour pour s’apparier. En 1840, ces cartes anglaises gagnent les Etats-Unis et rencontrent instantanément un immense succès, au moment où le pays tout neuf se cherche des fêtes sentimentales.

Des cigognes qui s'apparient
Carte postale Saint Valentin

C’est donc au 19e siècle que la carte de la Saint-Valentin apparaît aux Etats-Unis et marque le début de l’amour commercial. En effet, les autorités américaines promeuvent cette fête et la développent avec l’industrie de la carte. Avec un coup de pouce des publicitaires, la carte de la Saint-Valentin est élargie aux objets et promue par des pratiques culturelles, comme le dîner au restaurant et le fameux ours en peluche.

En France, la Saint-Valentin n’était plus vraiment fêtée depuis ce même 19e siècle mais revient à la mode à la Libération. Les soldats américains, outre nous apporter des chewing-gums et des réfrigérateurs, draguaient les Françaises en leur parlant de cette fête de l’amour. Aidée par les magazines féminins qui vantent la “fête des amoureux”, la Saint-Valentin renaît sous la forme que nous connaissons aujourd’hui.

À noter que dans les pays anglo-saxons, on célèbre aussi l’amour amical, contrairement à chez nous. Il ne tient donc qu’à nous, si nous n’aimons pas ce que cette fête est devenue, de nous la réapproprier, et de célébrer l’amour comme on l’entend, en essayant si possible de ne pas s’inspirer d’idées trop anciennes de l’amour…

Oui, il fallait bien finir sur une note un peu positive ! Sur ces belles paroles, il vous reste maintenant un an pour réfléchir à ce que vous ferez à la prochaine Saint Valentin. Et si vous avez besoin d’inspiration, on peut comme toujours vous emmener faire une visite guidée, sur ce thème ou un autre. 😉