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Architecture

Les vilains petits canards ont aussi leur mot à dire

25 septembre 2019, par Remy

Notre ville de Strasbourg regorge de bâtiments d’intérêt, tous plus beaux les uns que les autres. Voilà bien un sujet que l’on couvre de long en large dans nos visites. Mais dans une ville à l’histoire si riche et longue, à un moment ou à un autre, on a forcément affaire à un vilain petit canard…
Néanmoins, en bon défenseur des opprimés, j’aimerais aujourd’hui prendre la plume pour défendre l’un d’entre eux : la tour Valentin-Sorg sur la place de l’Homme de Fer.
Les Strasbourgeois la connaissent tous mais beaucoup détournent chastement le regard quand ils la croisent. Et pour cause, cette grande tour en béton (48 mètres de haut tout de même) n’est pour ainsi dire pas la plus belle du coin. Allez, faisons ensemble l’effort de s’intéresser à elle, elle a des choses à raconter !

Tour Valentin Sorg

Splendeur…

Place Kleber -tour Sorg avant 1970

Également appelée tour Stoskopf (du nom de son architecte, Charles Gustave Stoskopf), elle n’a pas toujours été considérée comme une « verrue » (vil terme employé à son égard par un lecteur des DNA en 1994). Lors de sa construction en 1955, c’est un bâtiment solide et bien conçu qui bénéficie des indemnités de réparation versées après la guerre et qui s’inscrit dans la dynamique de reconstruction de Strasbourg suite aux bombardements de la seconde Guerre Mondiale. Excellent exemple de l’architecture de l’époque, il ne provoque pas que des réactions négatives et évoque pour certains les gratte-ciels des États-Unis.

Par ailleurs, son utilité ne fait aucun doute : le bâtiment a pour vocation de remplacer un îlot de plus petits immeubles qui occupait le centre de la place de l’Homme de Fer et l’engorgeait complètement. Il faut donc récupérer quelque part ces m² détruits et cette haute tour offre une solution astucieuse.
Clou du spectacle : le Valentin-Sorg, un restaurant gastronomique qui se trouvait au sommet. Parfois comparé au fameux Maxim’s parisien, il occupait les deux derniers étages du bâtiment et jouissait d’une excellente réputation. La salle principale permettait aux gourmets attablés là de contempler d’en haut la place Kléber et d’avoir une vue imprenable sur la cathédrale.

 

…et décadence

Hélas, quand bien même vous seriez comme moi et rêveriez d’y aller dîner, il vous faudra une machine à voyager dans le temps. Suite à un changement de propriétaire en 1991, c’est le début de la fin pour le restaurant et son écrin vitré. Après une dizaine de visites et de contrôles, la commission de sécurité donne un avis défavorable à sa ré-ouverture en 1996. Il faudrait, pour être en phase avec les normes, limiter le nombre de personnes à 50 (personnel compris) ou créer un nouvel escalier ou ascenseur de secours.
La première solution n’est économiquement pas viable, la seconde coûteuse et compliquée (pour rappel, on parle d’un édifice de 15 étages tout de même). Et voilà tous nos espoirs de repas en hauteur qui, ironiquement, s’envolent !

 

Un nouvel espoir ?

Pourtant, la tour n’a peut-être pas dit son dernier mot ! Déjà, elle a eu droit en 2010 à un changement de ses ascenseurs, ce qui a occasionné le montage d’une grue de 70 mètres pour en acheminer les éléments sur le toit. Mais surtout, lors d’une consultation en ligne des Strasbourgeois sur l’avenir de certains quartiers et bâtiments, une belle idée a été émise : végétaliser sa surface. D’obélisque daté tout en béton, elle deviendrait un phare de verdure en plein centre-ville. Utopique ? Peut-être, mais avouez que l’idée a du charme. Et qui sait ? Peut-être qu’à nouveau pimpante, elle attirera un nouveau restaurateur et que l’on pourra boire à nouveau un amer bière (presque) au plus haut des cieux.