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Les Bains Municipaux de Strasbourg

29 novembre 2020, par Elise

Le grand bassin

Je vous propose aujourd’hui de parler des Bains Municipaux de Strasbourg, ce bâtiment que je trouve très beau et qui occupe une place importante dans l’histoire de la ville. De plus, quoi de mieux, en temps de Covid, que de parler de bains municipaux lorsqu’ils doivent tous être fermés ?

L’édifice des Bains Municipaux est inscrit au titre des monuments historiques depuis 2000 et est classé monument historique depuis 2017 (« inscrit » correspond à une protection à l’échelle régionale, alors que « classé » correspond à l’échelle nationale).
Ce bâtiment au cœur de la Neustadt est construit entre 1905 et 1908 par l’architecte allemand Fritz Beblo. Il faut savoir que la construction de ce bâtiment est la plus prestigieuse et plus coûteuse pour la municipalité à l’époque, environ 1,5 million de marks. Fait important à ce moment là, la piscine répond à une nécessité d’hygiène et non aux notions de sport ou de bien-être que l’on connaît actuellement.

Les Bains Municipaux en 1908
Un bain de soleil aux Bains Municipaux

En effet, tous les Strasbourgeois n’ont pas encore l’eau courante chez eux, et les baignoires sont réservées à une certaine classe sociale, la bourgeoisie. La construction de bains municipaux répond donc aux besoins de la population qui augmente considérablement dans la période 1870-1910.
On surnommera d’ailleurs l’établissement le « temple de l’hygiène ».
Deux ans après son inauguration, l’établissement de Strasbourg devient un modèle tant pour l’Allemagne que pour la France.

En Allemagne il aura la mention de « mustergültigen Anstalt für Schwimmwannen, sanitäre und Sonnenbaden » (« Institution exemplaire pour les bains, sanitaires et bains de soleils »). Mention non négligeable vu le nombre de réalisations qui émergent et qui rivalisent de modernité. Coté français, il n’existe aucun établissement comparable, les bains de Strasbourg apparaissent comme une réalisation d’excellence. Ils deviendront un modèle pour le reste de la France et inspireront tous les établissements de bains municipaux construits dans l’entre-deux guerre, notamment à Paris, Rennes et Lyon.
Plus tard, ils inspireront bien d’autres projets comme les bains de Mulhouse (1911-1925) ou encore l’intérieur de la « Stadtbad » (bains municipaux) de Halle en Allemagne (1913-1915), notamment avec les lucarnes cintrées, mais aussi l’intérieur du « Müllersches Volksbad » de Munich.

Bref, vous l’aurez compris, ces bains sont un petit trésor de la ville. Ils restèrent ouverts jusqu’en 2018, date à laquelle on pouvait encore se vanter qu’aucun changement majeur n’y avait été réalisé.
Cependant, suite à des problèmes d’entretien et de finances, la ville de Strasbourg soumet le projet de rénovation à des entreprises privées, mais cela crée un tollé.
Ce bâtiment sera finalement rénové par l’équipe Eiffage Construction et a pour architecte François Châtillon.

Vue aérienne ©Google Maps des Bains Municipaux de Strasbourg en 2020
Vue aérienne du projet pour les Bains Municipaux de Strasbourg

Forcément, qui dit « 2020 » dit « modernité et luxe » : les bains romains seront gardés mais agrémentés de douches glacées, il y aura des bains extérieurs, une salle de sport, un sauna et un hammam. L’établissement ressemblera bien plus à un spa de luxe qu’à une piscine pour y faire ses longueurs. Cependant, un accès unique à la piscine pour ceux qui le souhaitent sera a priori conservé.

Dernier fait amusant sur les bains municipaux, ils n’ont pas accueilli que de simples nageurs au fil des années mais ont reçu pas mal d’artistes en tout genre. Notamment des mannequins : on a pu retrouver dans des archives des photos d’un défilé de mode en 1990. Mais également un enregistrement d’un vocaliste a cappella en 1984, une exposition florale en 2004, un spectacle de danse en 2009 et, plus connu, la chanteuse Patricia Kaas y tourna son clip « Madame Tout-le-monde » en 2016.