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Adresses

Le café Broglie

25 août 2019, par Gabriel

Aujourd’hui j’avais envie de vous parler d’un endroit en particulier, pas seulement un bâtiment, mais un emplacement, avec tous ses aléas au cours de l’histoire : le 22 place Broglie. On passe tous les jours devant, surtout nous avec nos Free Tours, c’est là que vous trouverez aujourd’hui le Café Broglie. 

Le Café Broglie

Ce n’est pas forcément un endroit que je fréquente beaucoup à Strasbourg, et si vous non plus vous n’y passez pas beaucoup de temps, avouez quand même que la petite terrasse et le bâtiment en lui-même ne laissent pas indifférent. J’ai même une petite anecdote croustillante sur le Café Broglie, mais vous la retrouverez en fin d’article, un peu de patience…

De quoi on parle?

Avant tout, « 22 place Broglie » c’est l’adresse où se situe le café aujourd’hui, mais ça n’a pas toujours été le cas. Au fil du temps, cet emplacement a été rattaché à différentes rues. Avant 1870, c’était le numéro 1 de la rue Brûlée, puis il a été annexé au numéro 1 de la rue du Dôme, qui est en fait toujours l’adresse de l’entrée principale du bâtiment, le « 22 place Broglie » n’apparaîtra que plus tard, et pour être honnête, je n’ai pas trouvé à quelle date, n’hésitez pas à le dire en commentaire si vous trouvez l’info !

 

De qui on parle?

Un peu d’histoire maintenant, c’est un peu ça qu’on fait chez Happy Strasbourg, quand même !
Nous connaissons cet emplacement depuis un certain temps : déjà au XIVe siècle il appartenait aux fameux Müllenheim, puissante famille Strasbourgeoise. En 1388, Henri y vivait, puis en 1403 et 1424 nous avons trace d’un Ottemann y vivant, fils de Bourcart de Müllenheim (oui, toujours la même famille).
Au XVIe siècle, c’est Béat de Duntzenheim qui s’y installe, Ammeister en 1542, et excusez du peu, l’année précédente il était délégué à la Diète de Ratisbonne avec Sturm, Bucer et Capito, des grands noms de notre histoire !

En 1544, c’est Frédéric de Gottesheim (pas grand chose à dire de lui) qui rachète l’endroit, il restera dans sa famille jusqu’en 1690, quand Luc Weinehmer le racheta. Luc, c’était le premier Ammeister catholique à Strasbourg depuis la Réforme, ça non plus ce n’est pas rien ! L’Hôtel fût vendu en 1738 à la famille de Dürckeim, qui le revendit 5 ans plus tard aux de Türckheim (non, ce ne sont pas les mêmes). Ceux-ci restèrent propriétaires jusqu’en 1850, quand le baron Jean-Frédéric de Türckheim mourut.

Maison Scheidecker avant 1870

En 1853, M. Scheidecker construit à cet emplacement un (apparemment) magnifique hôtel dont je n’ai trouvé des images qu’en ruine malheureusement, car il a été détruit par les bombardements de 1870.

 

 

Allégories agriculture et industrie – 1 rue du Dôme

En 1873, c’est le Crédit Foncier d’Alsace et de Lorraine qui y construit l’impressionnant bâtiment que vous pouvez encore admirer aujourd’hui, avec ses allégories de l’agriculture et de l’industrie ornant la porte principale, du côté de la rue du Dôme. Aujourd’hui s’y trouve toujours le siège strasbourgeois du Crédit Foncier bien sûr, mais aussi un notaire, des avocats, et quelques familles aussi… Pour être honnête, j’aimerais bien voir à quoi ressemblent les appartement, ça doit être plutôt sympa !

 

Le café Broglie

Malgré tous ces grands noms, ce lieu n’était pas qu’une habitation, dès 1781 s’y est installé le « Café de la Comédie Française », puis « Café de l’Égalité », qui deviendra le « Café Broglie », déjà en 1795. Comme vous le savez maintenant, l’édifice sera détruit suite aux bombardements de la guerre franco-prussienne en 1870.

En 1900, si le nom resta, son propriétaire Monsieur Bauzin installa son café quelques mètres plus loin, au 20-21 de la Place Broglie, là où aujourd’hui flotte le drapeau de la Grèce. A gauche du Café se tenait le Cinéma Broglie-Palace, et en 1968 cet immeuble fut remplacé et l’activité cessa, encore une fois…
Il fallut attendre les années 80 pour retrouver, sur le site historique du « Café de la Comédie Française », l’actuel Café Broglie.

 

La petite anecdote croustillante de l’alsacien chauvin

Allez, je l’ai promise, après tous ces détails historiques qui vous prouvent la longévité de certaines institutions à Strasbourg, voici la fameuse anecdote :

Bauzin, le propriétaire du Café après 1870, et donc à l’adresse juste à côté suite à la destruction par les bombardements allemands, a trouvé un moyen assez expéditif pour éliminer l’élément prussien : si les consommations qu’il servait a ses clients sont restées les même pour tous, c’est a dire de première, et même d’excellente qualité, il a surélevé ses prix pour les allemands. Et aux réclamations des intéressés il répondait : « En effet, ce sont des tarifs spéciaux que je vous applique, messieurs. Vous avez bombardé ma maison. J’ai un prix pour les français, mes concitoyens, qui ne l’ont pas bombardée. D’ailleurs, rien ne vous force à subir ces conditions. Voici justement à ma porte un établissement de troisième ordre où vous serez comme chez vous. »

« BIM ! » comme on dit aujourd’hui !

Bon, alors n’y voyez surtout pas un anti-germanisme de ma part, bien au contraire, je les aime très fort les cousins germains, mais avouez quand même que ça titille le chauvin alsacien qui sommeille en vous, non ? Et si vous m’en trouvez une pareille sur les français, je suis preneur ! 😉