Sélectionner une page

Histoire

La Main Noire

Le 15 septembre 2018, par Gabriel Wetzer

Connaissez-vous l’histoire de la Main Noire ? Elle a beaucoup fait parler d’elle, et ce, depuis des siècles ! Et le mieux, c’est qu’elle est encore là pour témoigner.
De Sainte Odile à la Seconde Guerre Mondiale, la Main Noire a beaucoup de choses à vous raconter…

Reliquaire de Sainte Attale

La légende de la main noire d’Attale

Vous connaissez certainement Sainte Odile, la Sainte patronne de l’Alsace, qui a fait construire une abbaye au sommet du mont éponyme. Et bien Sainte Odile avait une nièce, Sainte Attale. Moins connue, elle est pourtant la Sainte patronne de Strasbourg !
Son père, Adelbert, fit construire le couvent Saint Étienne, et Attale y fût élue abbesse. Elle était connue pour être d’une grande bonté, et était très aimée. Quand elle mourut, ce fut une grande douleur pour Strasbourg et toute l’Alsace, on exposa son corps au pèlerins pendant plusieurs semaines. A l’Abbaye de Hohenbourg, l’abbesse Werentrude avait une admiration passionnée pour Sainte Attale, et voulant absolument posséder une relique de la sainte engagea un voleur pour qu’il coupe une main de Sainte Attale et la lui rapporte. Le voleur pris sur le fait, la main fut conservée dans un reliquaire, et beaucoup de miracles se seraient produits en sa présence.
Cette relique noircie par le temps, plus d’un millénaire aujourd’hui, est la main noire de Sainte Attale, toujours visible en l’église Saint Étienne de Strasbourg.

 

Marcel Weinum

L’histoire de la main noire de Marcel

C’est peut-être cette main noire qui, pendant la Seconde Guerre Mondiale, a inspiré un certain Marcel Weinum. Il créa en septembre 1940, alors qu’il était un simple étudiant de 16 ans, un groupe de résistance qu’il nomma justement : la Main Noire. Constitué uniquement de mineurs, sans le soutien d’aucun adulte, structuré en différentes cellules étanches, doté d’armes et de locaux, il s’est spécialisé dans la contre-propagande, le sabotage et le renseignement.

Petit résumé : dès octobre 1940, le groupe multiplie sur les murs de Strasbourg croix de Lorraine et inscriptions patriotiques. Puis l’organisation sabote installations de chemin de fer et postes de transmission de la Wehrmacht, pille les automobiles allemandes en stationnement, crève les pneus et récupère armes, papiers et bons d’essence. La Main Noire commence à lancer des grenades contre les vitrines qui exposent le buste ou la photo d’Hitler.

Des membres de la Main Noire devant le Monument aux morts, Place de la République.

Le 8 mai 1941 vers 22h, Marcel Weinum et Albert Uhlrich lancent chacun une grenade sur le pare-brise de la voiture officielle d’un certain Wagner (Robert, pas Richard) stationnée entre la place des Étudiants et la place Kléber de Strasbourg.

Le pare-brise vole en éclats, la voiture est détruite et le gauleiter Robert Wagner, plus haut représentant de Hitler en Alsace se trouvant dans un café et n’ayant pas encore regagné sa voiture échappe de peu à une mort certaine.

Plaque de la rue Marcel Weinum à Strasbourg

Marcel Weinum et Ceslav Sieradzki sont arrêtés le 20 mai 1941 à la frontière suisse alors qu’ils tentent de rejoindre Bâle pour trouver des fonds afin de continuer la lutte contre le nazisme. L’ensemble du réseau est arrêté en juillet qui suit. Une partie de ses membres est internée au camp de Schirmeck.
Le 12 décembre 1941 au matin, Ceslav Sieradzki est lui aussi transféré au camp de Schirmeck. Le même jour, les haut-parleurs annoncent que Ceslav Sieradzki a été fusillé « pour cause de résistance ». C’est la première fois qu’est utilisé par les nazis, à Strasbourg et en Alsace, le terme de « résistance ». Ceslav Sieradski, orphelin polonais, est ainsi le premier résistant d’Alsace mort pour la France. Il aura été exécuté d’une balle dans la nuque sans aucune autre forme de procès.

Marcel Weinum quant à lui est condamné à mort et décapité le 14 avril 1942 à Stuttgart (oui, il n’y a pas qu’à la Révolution Française qu’on décapitait des gens!). Il venait d’avoir 18 ans, et dans une lettre écrite à ses parents la veille, il déclare : « Si je dois mourir, je meurs avec un cœur pur ». Vous retrouverez cette inscription sur une plaque commémorative sur les murs du collège Saint Etienne, situé sur la place éponyme où nous passons lors de nos nombreuses visites guidées.
Les autres membres de la Main Noire écopent de peines de prison, certains sont libérés et enrôlés de force dans les forces allemandes, ils mourront en « Malgré Nous » sur le front russe.

Au final, la Main Noire, un nom plutôt enclin à faire peur, souvent au milieu de circonstances peu enviables depuis le VIIe jusqu’au XXe siècle, aura été au contraire un symbole positif ! Comme quoi, encore une fois, il ne faut pas toujours se fier aux apparences… Et nos guides se feront un plaisir de vous conter d’autres histoires du genre lors de nos Free Tours !

Plaque commémorative sur la façade du Collège épiscopal Saint-Étienne à Strasbourg