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Histoire, Architecture

GRANDE PERCÉE PARTIE 1 : AU COMMENCEMENT IL Y AVAIT DIEU

Le 14 août 2020, par Matthias

Cela faisait un bail que je n’avais pas pianoté sur Open Office (est-ce de la pub quand le produit est un logiciel libre et gratuit?) et aujourd’hui nous esquisserons un gigantesque projet d’urbanisme : la Grande Percée. Un des projets les plus ambitieux qu’ait connu notre merveilleuse ville ; si grand que l’adjectif est repris dans l’intitulé. Mais alors, par où commencer ?

Au début il n’y avait rien, puis badaboom, il y a l’espace et le temps dans lesquels se retrouvent matière et énergie, puis treize milliards et sept cent millions d’années plus tard, fin XIXème, Strasbourg passe aux mains des prussiens. Et justement, il y avait un peu trop de matière et pas suffisamment d’espace. C’est donc une véritable nouvelle identité que l’on cherche à donner à la ville. Nouveau visage, nouveaux quartiers (nouvelle ville ! la Neustadt), nouveau look, nouvelle architecture, nouvelle langue, nouvelles rues, le tout en adéquation avec le projet nouveau. Alsace oblige, ce projet sera poursuivi et remanié successivement par les allemands et les français, s’étirant alors sur près de 60 ans.
Ces visionnaires vont alors inscrire le bourg médiéval dans les temps modernes, non sans heurts évidemment, ravalement de façade et lifting à la boule de démolition sont de rigueur.

Les allemands démarrent avec la construction de la gare que nous connaissons aujourd’hui, puis ils souhaitent relier cette dernière au centre-ville et au port d’Austerlitz. Seulement voilà, Strasbourg a gardé ses bâtisses moyenâgeuses, accolées les unes aux autres n’offrant que de menus interstices pour la circulation de l’air et des passants. Les théories hygiénistes alors en vogue à l’époque vont venir littéralement aérer ce centre-ville insalubre, par une grande artère (commerçante, modernité oblige) où non seulement l’air pourra circuler, mais aussi le tram (cf l’article de Leo à venir : Le tramway, une première vie).

Tout droit depuis la gare, on traverse le pont Kuss et on entre dans la Grande-Île ; nous sommes place St-Pierre-le-Vieux et c’est ici que débute l’opération « va-te-faire-refaire-alien« .

St-Pierre-le-Vieux ! Alors là, en matière de lifting, on est au niveau des frères Bogdanoff. Et oui, vous le savez probablement, pour en revenir à nos Pierre, ils sont deux frangins, un Jeune et un Vieux ! Même que dans cette fratrie de pierre, ils sont en réalité quatre à Strasbourg, les deux Jeunes ayant fait leur chemin chacun de leur côté. Nous avons donc bien deux édifices religieux pour St-Pierre-le-Jeune : l’un catholique (proche du tribunal judiciaire) et l’autre protestant (proche du Sofitel Grande-Île, cf article de Gustave: St-Pierre-Le-Jeune Protestant). En revanche, les Vieux, eux, sont plutôt des siamois, et, par définition, des inséparables. Il y a donc un seul et unique bâtiment pour St-Pierre-le-Vieux, abritant lui-même deux églises (une entrée catholique rue du 22 Novembre et une entrée protestante Grand rue). Alors il est vrai qu’une petite querelle familiale est venue s’intercaler entre eux, manifestée par un mur toujours visible aujourd’hui (et oui, ça laisse des traces ce genre d’intervention), mais ils restent néanmoins collés l’un à l’autre. Un plus progressiste que l’autre, certes, mais de là à ce que leur bulletin de vote diffère, n’exagérons rien. Alors pour connaître le fin mot de l’histoire sur la famille Pierre, il vous faudra vous déplacer à notre Free Tour Petite France (n’hésitez pas à solliciter le guide pour des arrêts et histoires qui vous intéressent).

Mais le sujet du jour, rappelons-le, c’est le début de la Grande Percée. Souvenez-vous, nous en étions à l’opération de St-Pierre-le-Vieux et je peux à présent préciser lequel : le catholique.

Vous aurez remarqué les différents styles, matériaux, couleurs et clochers sur ce bâtiment. Et bien la partie en brique orange (à gauche sur la photo) c’est la partie catholique, celle-là même qui fera les frais de la modernité et du projet que les allemands appellent : Stadtdurchbruch, que les français nommeront ensuite Grande Percée.

Le vieux Pierre, sûrement trop vieux pour se mouvoir alors que le tram s’approche, se fait happer par ce serpent de métal. Une morsure qui lui vaudra d’être amputé de la jambe. Seulement voilà, la Grande Guerre frappe à la porte, pas le temps de confectionner une prothèse high-tech pour le vieux, se sera une jambe de bois, provisoire certes mais du provisoire qu’il traîna plus de 6 ans durant !

En effet, l’édifice sera alors raboté de deux travées, dans le but de satisfaire les exigences du plan d’urbanisme qui prévoit alors de relier nouvelle gare, centre ville et port d’Austerlitz par deux lignes de tramway. Il faudra attendre la fin de la guerre et le retour à la France pour que cette nouvelle façade de grès rose d’aspect monolithique voit le jour ; elle est réalisée en 1920, d’après les plans de 1914 de l’architecte Fritz Beblo. Retenez bien ce nom, car c’est lui le grand artisan de cette Grande Percée et c’est donc sans surprise que nous retrouverons sa patte maintes fois dans les rues de Strasbourg.

Voici donc le premier bâtiment qui aura fait les frais de la Grande Percée. Ses cicatrices vous sont exposées au grand jour, il ne tient qu’à vous de les observer et de les lire ou sinon vous avez la merveilleuse équipe de Happy Strasbourg qui se fera un plaisir de le faire pour vous. Venez partager un bon moment tout en vous cultivant !

D’autres articles sur ce même thème paraîtront dans les prochains temps, en attendant allez découvrir en chaire et en brique ce véritable alien historique et religieux qu’est St-Pierre-le-vieux.

PS : pour ceux qui songeraient recourir à la chirurgie esthétique et n’auraient donc pas tiré les leçons que l’histoire tente de nous inculquer, je vous suggère d’essayer ces méthodes douces AVANT.