Retour sur Gustave Doré
né le 6 janvier 1832

6 janvier 2020, par Gabriel

Plaque pour le lieu de naissance de Gustave Doré au 5 rue de la Nuée Bleue

Gustave Doré, ce multi-artiste alsacien à la vie aussi courte que son œuvre est grande, est né le 6 janvier 1832. Le 6 janvier c’est l’Epiphanie, oui. Et je vous souhaite donc de trouver la fève dans votre part de galette des rois. Mais comme vous l’avez compris en lisant le titre de cet article, ce n’est pas mon sujet ici. Le 6 janvier de l’année 1832 naquit Paul Gustave Louis Christophe Doré, plus connu par la version courte : Gustave Doré. Alors pour l’occasion : petite retour sur le personnage.

Petite introduction

Gustave est donc né le 6 janvier 1832 à Strasbourg, au numéro 5 de la rue de la Nuée-Bleue (aujourd’hui numéro 16) et vous trouverez une plaque indiquant cette information sur le mur de l’actuel numéro 5 – donc mal placée. Sur la photo vous pourrez reconnaître les deux bâtiments adjacents à l’actuel n°16 en comparant sur Street View.

Ensuite le petit Gustave a grandi derrière la cathédrale, à l’actuel numéro 6 de la rue des Écrivains, maison qui s’appelait « Zum Kalb » (au veau)… Anciennement 1 rue des Veaux… Logique non ?

La maison où naquit Gustave Doré (16 rue de la Nuée Bleue)
La maison où grandit Gustave Doré (6 rue des Écrivains)

Oui, on a changé beaucoup de choses dans les noms des rues et leurs numéros, allez faire un tour sur les articles de l’autre Gustave sur les noms des rues de Strasbourg, vous aurez un début de réponse 😉

Bon, ça c’était juste pour vous emmêler un peu les pinceaux, et aussi pour mentionner gratuitement que nous pouvons vous emmener sur place lors de nos visites guidées, c’est pour le référencement, Google il aime bien ça. Donc cliquez, ça ne fait pas de mal, et vous pouvez même venir à nos Free Tours, ça ne fait pas de mal non plus, promis !

Bref, vous allez voir que malgré son talent, Gustave n’a jamais reçu les honneurs qu’il désirait pour sa peinture. Ceci dit, sa première œuvre était une poule qu’il a peinte en vert et qui a terrorisé la ville ! Pour l’anecdote je vous envoie en fin d’article où j’ai retranscrit les propos de M. Doré lui-même sur cette histoire.

Les travaux d'Hercule par Gustave Doré

Malgré l’épisode de la poule, le petit Gustave était très doué pour le dessin. A l’âge de 5 ans, il réalise déjà ses premières caricatures, et en 1845 (à l’âge de 13 ans) ses premiers dessins sont lithographiés par un imprimeur. Deux ans plus tard, alors qu’il est de passage à Paris avec ses parents, il présente quelques dessins à l’éditeur Charles Philipon, c’est donc à seulement 15 ans qu’est publié son premier album de lithographies satiriques : “Les Travaux d’Hercule”. Avouez qu’il y a de quoi prendre le melon pour un adolescent ! À la mort de son père en 1849, c’est un encore très jeune Gustave qui doit subvenir aux besoins de sa mère et de ses deux frères. Il poursuit donc son travail d’illustrateur et publie plusieurs albums. C’est le début de sa carrière !

L’illustration, sa gloire

La carrière de Gustave Doré s’est probablement terminée trop tôt, il est mort à l’âge de 51 ans, le 23 janvier 1883. Mais au cours de cette courte vie, il n’a pas chômé, on compte plus de 10 000 pièces à son œuvre. Illustrations, dessins, peintures, gravures et sculptures, et c’est probablement avec ses illustrations qu’il est le plus connu, souvenez-vous de ses illustrations des contes de Perrault par exemple. Mais c’est en illustrant les œuvres de Rabelais qu’il s’ouvre les portes de la gloire en 1854. L’année suivante, il s’attaque à Balzac, et son âge doré (haha ! – désolé) s’étend aussi courtement que sa vie, en gros entre 1861 et 1866. C’est dans cette période qu’il publie ses illustrations de l’Enfer de Dante, de Don Quichotte de Cervantes ou de la Sainte Bible. Cela dit, il s’attaque aussi à d’autres monuments comme Jean de La Fontaine, William Shakespeare, Edgar Poe, et j’en passe !

La peinture, son désespoir

Malgré son succès autour de l’illustration, il n’était pas satisfait (un bon alsacien n’est jamais complètement satisfait selon moi). C’était un touche-à-tout comme nous l’avons vu plus haut, et s’il n’a pas fait beaucoup de sculptures (une trentaine de connues), c’est dans la peinture qu’il voulait être reconnu. Un certain Albert Wolff dit de lui après sa mort : « Non, il n’y avait pas sur le pavé de Paris d’être plus malheureux que celui-ci : il était dégoûté de tout ; il ne fallait pas lui parler de sa gloire d’illustrateur ; c’était précisément de cela qu’il souffrait le plus. On lui jetait toujours ses illustrations à la tête pour tuer le peintre. ». C’était pourtant son premier amour, souvenez-vous de la poule verte !

Mais à l’époque, toucher à tout et ne pas se cantonner à un style unique comme il le faisait, malgré son talent, ce n’était pas bien vu. Si on voulait être bon, il fallait se concentrer sur un seul et unique domaine, on ne pouvait pas être bon dans plusieurs, impossible voyons ! En plus, Gustave aimait peindre des tableaux monumentaux comme Le Christ quittant le prétoire de 609 x 914 cm, et ça non plus, ça ne plaisait pas au monde de l’art à son époque.

Gustave Doré
Le Christ Quittant le Prétoire (Gustave Doré)

Durant la Commune, en 1871, il se retire à Versailles et continue de peindre. Il disait « J’illustre aujourd’hui pour payer mes couleurs et mes pinceaux. Je suis né peintre… ». Il continuait de peindre en cherchant la même reconnaissance qu’il avait pour l’illustration, reconnaissance qu’il n’aura pas de son vivant.

Son héritage

Comme pour beaucoup de grands artistes, la reconnaissance vient à titre posthume. De 1855 jusqu’à sa mort en 1883, il reste une référence iconographique absolue, son œuvre a marqué plusieurs générations d’illustrateurs, mais aussi bon nombre de cinéastes qui se sont nourris de son univers féerique et démoniaque, de sa mise en lumière et de ses perspectives dramatiques, pour créer les plus beaux décors et personnages du cinéma. Voici une petite liste non exhaustive :

  • Le Voyage dans la Lune de Georges Méliès en 1902

  • Dante’s Inferno d’Henry Otto en 1924

  • Blanche Neige et les Sept Nains de Walt Disney en 1937

  • La Belle et la Bête de Jean Cocteau en 1946

  • Oliver Twist de David Lean en 1948

  • Star Wars de George Lucas en 1977 (si, si !)

  • Sleepy Hollow de Tim Burton en 1999

L'Enfer de Dante selon Gustave Doré

Vous pourrez trouver quelques images et explications sur la Cinémathèque.
Apparemment, Mylène Farmer s’est aussi inspirée de l’artiste pour la mise en scène de sa tournée de 2009, et je n’ose croire que son arrière-arrière-petit-neveu Julien Doré ne se soit jamais inspiré de son lointain parent !

 

La poule verte

Allez, chose promise, chose due ! Gustave vous raconte lui-même l’épisode de la poule verte, ses mots ont été retranscris dans La vie et les œuvres de Gustave Doré, d’après les souvenirs de sa famille, de ses amis et de l’auteur : Blanche Roosevelt (1887).

« Moi, je mourais d’envie de peindre ! Tout en me demandant sur quoi je pourrais bien faire mes débuts, je commençai toujours par déboucher mes tubes et par mettre de jolies taches sur ma palette. L’éclat, la fraîcheur, la gaieté de ces couleurs me causaient une griserie charmante. Il y avait surtout un vert dont mes yeux ne pouvaient se détacher. Le vert Véronèse dans toute sa gloire ! Mais que peindre ? que peindre ? Comme je me posais cette question, mes yeux tombèrent sur une pauvre petite poule, assez jolie de forme, mais d’un plumage blanc sale, qui picorait innocemment à côté de moi. Cette poule était d’un ton affreux. Je résolus de réparer cette faute, sans plus tarder. La poule fit bien quelques difficultés. Elle ne comprenait pas, cette bête, que je travaillais pour son bien. Mais j’étais tenace ; bientôt elle fut parfaite. Tout mon vert Véronèse y passa ! Mais aussi, quelle belle poule ! C’était plaisir de la voir aller et venir avec sa belle robe neuve, luisante, fraîche à défier toutes les verdures.

Le Chaperon Rouge par Gustave Doré
Don Quixote par Gustave Doré

Je jouis quelque temps de la contemplation de mon œuvre, puis j’allai me recoucher pour réparer une nuit blanche. Deux ou trois heures après, je fus réveillé en sursaut par un bruit inusité, des cris, des gémissements. Des paysans, des bonnes femmes se sont attroupés devant la maison ; les uns lèvent les bras au ciel, les unes pleurent, les autres expriment par des gestes désordonnés un désespoir et un effroi profonds. Et, au milieu d’eux, ma poule ! Quand elle fait mine de s’avancer, on s’écarte avec terreur. Alors, je comprends tout. Je me rappelle une légende du pays où la poule verte joue un rôle terrible ; quand elle paraît, tous les fléaux menacent le village : c’est la perte des moissons, la peste dans les étables, l’épidémie dans les maisons. Voilà pourquoi le village s’est ameuté. Une femme tombe, prise d’une attaque de nerfs. Je n’hésite pas. Je cours trouver le maître de la maison et je lui fais des aveux complets. Il fallut plus d’une heure à l’ami de mon père pour faire comprendre aux paysans que cette poule n’était nullement envoyée par le mauvais ange, et qu’elle était tout bonnement ma première œuvre peinte. Il n’y parvint qu’en montrant le tube vert Véronèse horriblement aplati. »

Personnellement j’ai beaucoup ri en lisant ce passage !

J’espère que vous en aurez appris un peu sur cet alsacien célèbre né un 6 janvier. Je vous laisse encore avec un dernier lien vers le site Wikiart qui recense en image une petite partie des œuvres de M. Doré (759 quand même), profitez ! 😊

Et si vous visitez le cimetière du Père-Lachaise, passez donc voir sa tombe, il n’y a pas que Jim Morrison dans la mort… Enfin dans la vie bien sûr !