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Histoire

Les noms des rues de Strasbourg: politique et propagande – 3/3

14 juin 2019, par Gustave 

Précédemment abordés, les noms de rues datant du moyen-âge (et encore employés aujourd’hui !) témoignent de l’importance des corporations à Strasbourg, et de leur prépondérance dans la vie politique de la ville. Le nom est alors une référence directe à la corporation, mais reste neutre.

Des noms de rue au service de la France

Strasbourg devenue française en 1681, la nouvelle administration débute le travail de découpage administratif et divise la ville en cantons. Bien qu’appartenant au royaume de France, les noms sont encore en langue germanique ! Ce n’est cependant qu’au cours de la Révolution que les noms de rue vont être soigneusement établis (et à cette occasion, francisés). Le Corps Municipal, dans un arrêté de 1792, explique: « […] Depuis longtemps les bons citoyens demandent une nouvelle dénomination qui, puisée dans l’histoire de notre Révolution, dans celle des grands hommes qui l’ont servie par leurs lumières et leur courage, contribue à rattacher toutes nos idées au faisceau de la République. Le Corps Municipal […] présente un nouvel hommage à la liberté et à la patrie.» Les intentions sont explicites.

Panneau Rue de l’Ail

On fait table rase des noms à résonance religieuse, militaire, ou directement issus des familles nobles ou bourgeoises. La rue des Knobloch, de la famille noble éponyme, devient la rue de l’Ail, celle des Kalb la rue des Veaux. La rue de la Toussaint devient Rue des Sans-Culottes,  la place Broglie (d’après le gouverneur militaire) est la Promenade de l’Egalité, et la rue Saint-Louis… la Rue de la Guillotine ! Bien qu’ayant profondément marqué Strasbourg, aucun nom de rue contemporain de la Révolution ne laissera son empreinte bien longtemps… Les temps changent.

 

…Ou au service de l’Allemagne

1871 : Rattachement de l’Alsace-Lorraine à l’Allemagne, Strasbourg proclamée capitale du Reichsland. Très rapidement les travaux d’agrandissement de la « Nouvelle Ville » (Neustadt) sont entrepris. On triple la surface de Strasbourg, autant dire que le terrain de jeu est vaste. Cette fois-ci, la commission en charge des dénominations structure son travail, avec :

  • Les voies relatives aux bâtiments officiels : l’Universitätplatz (que je ne ferai pas l’affront au lecteur de traduire), la Kaiserplatz

    Panneau Kaiserplatz

    (Place de l’Empereur), la Sternwartstrasse (rue de l’Observatoire)…
  • Les noms indiquant les localités vers lesquelles dirigent les axes : rue de Mulhouse, rue de Wissembourg, route de Schirmeck…
  • Les noms de références aux personnages allemands et alsaciens célèbres : Rue Goethe, rue Erwin, Dietrichstaden,…

On promeut l’Allemagne avant tout, l’Alsace dans une moindre mesure, et bien évidemment, tous les noms faisant écho à la culture française sont proscrits.

 

Un air de déjà vécu

Au sortir de la Première Guerre, Strasbourg redevient française. Faut-il le préciser, « Les rues reprennent leur ancienne dénomination française ou gardent leur dénomination actuelle traduite en français » (arrêté municipal de 1919). Cependant dès 1925, à l’initiative des maires en place à cette époque (Charles Hüber et Jacques Peirotes), les rues sont en appellation bilingue. L’identité Alsacienne est née, et on prend soin de l’ancrer au quotidien.

Le dernier épisode marquant de ces évolutions ne devrait pas être une  grande surprise : la Seconde Guerre mondiale, et la dernière annexion de Strasbourg à l’Allemagne. Rebelote, l’espace de quelques années, les noms referont l’objet d’une révision complète. Nous ne retiendrons qu’un exemple pour cette période : lorsque la Place Broglie s’est appelée Adolf Hitlerplatz…  Bien que nous éloignant légèrement du sujet principal, je ne peux résister à l’envie de mentionner qu’à Mulhouse, c’est la rue du Sauvage qui fut nommée Adolf Hitlerstrasse… mais l’erreur est vite remarquée et corrigée.

Vous l’aurez compris : musarder dans les rues de Strasbourg et prêter attention à leurs noms vous donnera tous les indices nécessaires pour retracer son histoire ! Bon… n’exagérons rien, un free tour ou une visite guidée avec l’un de nos guides vous aidera sans doutes à déchiffrer certains mystères 😉 !